Neuf thèses

27.06.16

Le geste d’écrire et plus encore de donner à lire ces thèses est déraisonnable, je le vois bien. Mais je ne peux plus me défaire de l’impression qu’il faut ce dérèglement, désormais – qui est en fait un autre réglage. Les petites convenances de pensée ne suffiront plus.

1. Nature.

1, 1. Un flux général porte la création et le devenir de l’univers.

Le mouvement de l’univers ne résulte pas d’un hasard dispersé. Comme l’exprime le mot, l’universel est un multiple, ou un ensemble de multiples, affecté d’une orientation unitaire.

1, 2. Dans l’espace terrestre, ce flux s’exprime comme nature, capacité à naître et faire naître.

A la différence de celle d’univers, l’idée de nature, tout en n’étant pas nécessairement limitée à la terre, lui est cependant liée. Elle exprime, à travers le principe de la naissance, une singularité du champ terrestre.

2. Histoire. 

2, 1. La nature vit comme histoire, histoire naturelle.

L’histoire ne commence pas avec l’humain. C’est la signification de nombreux récits de fondation, comme ceux de la Genèse. Le mode historique désigne la capacité d’un devenir à être raconté. Cette aptitude n’est pas seulement le fait d’un discours qui recouvre extérieurement un processus, mais elle exprime une disposition interne à ce qui a lieu. Si l’histoire (par exemple naturelle) peut être relatée en histoires, c’est parce qu’elle porte en elle un principe historique.

2, 2. Une phase de l’histoire naturelle est la venue de l’espèce humaine.

L’émergence de l’humain n’est pas produite par un simple aléa. Ou bien cet aléa, si c’en est un, a un sens. (Si on tient au concept de hasard – et pourquoi pas ? – la notion de Providence peut  désigner un hasard qui montre du sens – sensé.) La survenue des humains fait entrer l’histoire naturelle dans une mue qui la change.

2, 3. L’histoire humaine est faite de différents devenirs. L’un d’eux est raconté par les récits bibliques.

L’histoire que racontent les récits bibliques est un des devenirs sensés, parmi d’autres, qu’ont tracés les vies des humains. Elle est singulière. D’autres civilisations ou cultures se sont produites et racontées. Il se trouve entre elles des échos et des distances. La tâche de l’histoire humaine, comme devenir commun, est de cultiver (d’élever comme culture) leurs dialogues.

2, 4. Au sein de l’histoire biblique, survient Jésus de Nazareth. Sa vie et ses enseignements transforment l’histoire humaine.

Les paroles de Jésus de Nazareth, comme sa vie, sont porteuses d’au moins deux enseignements de signification infinie : un universalisme intégral, et une non-violence absolue, exprimés par le verbe aimer. Ces deux visions ont opéré une césure dans l’histoire humaine. Il leur a été fidèle jusqu’à la mort. A travers et après elle, son histoire se présente devant nous comme appel.

3. Sens.

3, 1. La création, la nature, l’histoire se manifestent comme sens.

L’orthographe et la syntaxe française ont le bon goût de laisser indéterminé le nombre du mot sens (singulier, pluriel). L’usage de ce terme exprime l’idée que la création, la nature et l’histoire ne sont pas insensés. Malgré les aberrations qui peuvent affecter à nos yeux des devenirs naturels, malgré les monstruosités historiques, il y a du sens dans la nature et dans l’histoire. Ce n’est pas démontrable. Et cela fait donc l’objet d’une foi. Dans ses diverses formes, elle soutient toute confiance dans le fait de vivre.

3, 2. Le sens concerne toute vie, comme sens de la vie.

Voici une des deux énigmes les plus profondes. Qu’il y ait du sens dans le devenir global, quelque chose comme une orientation ou une logique, il faut en principe l’admettre, parce qu’il serait inexplicable que des structures mathématiques puissent s’appliquer à l’univers, si celui-ci était chaotique. Mais le mystère est que cette régie générale des choses concerne les entités infiniment petites que sont des vies individuelles au sein de l’immensité cosmique. Qu’apparemment, quelque chose comme un sens de l’univers semble se soucier du sort d’infimes êtres vivants. Or c’est ce qui paraît se produire, sans quoi on ne comprendrait pas que nos minimes existences ne soient pas immédiatement broyées dans la machine universelle. Elles parviennent (pas toujours, mais tout de même), à vivre, à trouver et produire des joies. Le sens universel est donc aussi à l’œuvre dans la micro- ou nano-parcelle d’infini qu’est l’histoire de chacun de nous. Une vie porte du sens : c’est inexplicable.

3, 3. Une vie humaine peut s’ouvrir au sens et le recevoir.

L’autre énigme est que nous nous ouvrions au sens universel. Que chaque vie minuscule s’adresse à l’infini cosmique en demande et en attente, en écoute d’un sens qu’elle appelle. Le plus normal serait l’indifférence, aveugle et sourde. Le surnaturel est qu’une vie se présente devant l’infini pour dire : me voici, et espérer une réponse. Ce que certains appellent « prière » est un transcendantal de l’existence (un « existential »).