Edito du 4.09.16

Il est difficile, n’est-ce pas, de garder le cap d’une générosité, d’une foi, d’un élan, dans ces évolutions qui paraissent si dures, propices à des formes d’effroi, et à leur répondant trop vite disponible, le cynisme. Comment s’orienter dans ces orages ?

Peut être comme ceci. Nous avons vécu, en Europe, quelques décennies protégées des tourments les plus sévères. Mais ailleurs, durant les mêmes années, des guerres et séismes soumettaient les humains à de très violentes épreuves. Comme en Europe un peu plus tôt. Eh bien : il nous faut regarder, écouter, ceux et celles qui ont traversé ces temps sombres sans renier la dignité de la vie. De très hautes figures ont continué d’élaborer la valeur de l’histoire humaine, au cœur des oppressions, des conflits, des catastrophes les plus révoltants. Debout – parfois couchés par la douleur, mais moralement droits –, des humains inconnus ou fameux ont tenu bon et su témoigner pour l’avenir de leurs et de nos enfants de tous âges. Il faut les chercher dans la littérature, la pensée, mais aussi dans les contacts les plus ordinaires, ils sont là, pas loin, il faut les voir, les écouter, avec beaucoup d’attention, et nous laisser contaminer par leur noblesse.

Voilà quelques jours, un ami me disait : les temps où nous entrons s’annoncent difficiles. Mais notre tâche est de préparer la fin du cycle, le renversement, la rotation de l’axe. Un moment va venir où, de nouveau, l’air sera bon. Notre travail est de fourbir des instruments disponibles pour ce moment de renaissance.

Le propos me semble d’une sagesse profonde. Sans l’avoir cherché, il m’aide à définir tout ce qui est tenté dans ce site : préparer, tailler, affûter et polir les outils pour la rénovation qui, nécessairement, va naître. On se souvient du très beau titre d’Henri Frenay, le grand résistant, évoquant les temps obscurs : La nuit finira.

Le 4.09.16